Un livreur de plateforme sur trois en Espagne travaille très régulièrement plus de dix heures par jour, et les sanctions pour refus d’une commande sont les plus fréquentes, touchant 81,9 % des livreurs sanctionnés. C’est ce que révèle une étude de l’institut espagnol de sécurité et santé au travail (INSST) menée auprès de 804 livreurs de repas et boissons travaillant via des plateformes numériques.
Qui sont les livreurs de plateformes ?
Entre septembre et novembre 2024, l’INSST a interrogé 804 livreurs dans vingt communes espagnoles de plus de 230 000 habitants, principalement Madrid et Barcelone (marge d’erreur ±3,42 %, niveau de confiance 95 %). L’âge moyen est de 30 ans et 85,6 % sont des hommes. Plus de huit livreurs sur dix (80,7 %) sont nés hors d’Espagne, les deux tiers (66,9 %) viennent d’Amérique latine et 67,5 % n’ont pas la nationalité espagnole. Un peu plus de quatre sur dix (43,2 %) travaillent comme indépendants, 33,8 % ont un statut salarié et 34,1 % travaillent pour plusieurs plateformes à la fois. Pour 87,1 %, la livraison est la principale source de revenus, et 83,7 % en tirent 76 à 100 % de leur revenu mensuel.
Quels risques psychosociaux l’étude met-elle en évidence ?
L’étude dresse le tableau de rythmes de travail intensifs : 82,8 % travaillent souvent le week-end ou les jours fériés, 51 % effectuent très régulièrement des livraisons nocturnes et 33,6 % travaillent très souvent plus de dix heures par jour. Près d’un quart (23 %) dispose souvent de moins de 48 heures de repos consécutif par semaine. Seuls 17 % disent parvenir régulièrement à bien concilier vie professionnelle et vie privée ; chez les livreurs sans nationalité espagnole, 85,8 % n’y parviennent jamais ou rarement. La gestion algorithmique est un facteur déterminant : chez 73,9 % d’entre eux, les commandes sont attribuées par l’algorithme, et seuls 32,7 % se sentent libres de refuser une commande. Refuser a des conséquences : 85 % indiquent qu’un refus est pris en compte pour les attributions futures, 61,4 % se sont vu imposer une restriction de zone et 19,7 % ont été (temporairement) bloqués de leur compte. Le rapport pointe aussi la dispersion géographique des livreurs, qui limite l’entraide entre collègues, ainsi que des risques pour la sécurité : 40 % ne portent pas d’équipement de protection individuelle.
Que recommande l’INSST ?
L’institut recommande notamment d’encourager activement l’usage d’équipements de protection, en particulier chez les livreurs salariés, de rendre l’accès aux plateformes plus équitable et de s’attaquer aux pratiques informelles telles que la sous-location de comptes : 18,4 % des personnes interrogées travaillent sans compte de plateforme personnel. L’INSST plaide également pour une politique d’intégration plus ciblée, la profession étant majoritairement composée de migrants.
Contexte
Des signaux similaires ressortent d’une étude menée auprès de 240 livreurs à Milan, en Italie, publiée en octobre 2024 dans la revue La Medicina del Lavoro : 39 % d’entre eux ont été impliqués dans un accident de la route (51 % chez les utilisateurs de vélos électriques), et 13 % de l’ensemble des livreurs ont eu besoin de soins hospitaliers après un accident. Par ailleurs, 63 % ont signalé des troubles de santé ; parmi eux, 59 % souffraient de maux de dos et 49 % de fatigue, et 28 % ont subi des agressions verbales. Cela suggère que les risques de la livraison par plateforme ne sont pas propres à l’Espagne.
Source : Factores de riesgo psicosocial en el colectivo de repartidores de comida y bebida que operan mediante plataformas digitales: conclusiones estudio 2024-2025, 23 septembre 2026
Recherches complémentaires : La Medicina del Lavoro, octobre 2024 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11562669/

