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Prévention de la chaleur au travail : l’Espagne fait-elle de l’ombre à la France ?

Bouwvakker met helm en schop buiten aan het werk
Image d'illustrationFoto: Jimmy Nilsson Masth via Unsplash

Le ministre français du Travail, Jean-Pierre Farandou, s’est rendu à Madrid, en Espagne, les 9 et 10 septembre 2026, accompagné de huit représentants des organisations patronales et syndicales — dont la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet — pour étudier la manière dont l’Espagne gère les fortes chaleurs au travail. La délégation a été reçue par la ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz, et a visité un chantier du gestionnaire ferroviaire Adif près de la gare d’Atocha. Ce déplacement fait suite à une canicule qui a frappé la France pendant plus d’une semaine cet été et qui, selon les projections sanitaires, aurait fait au moins mille morts ; la CGT estime à une vingtaine le nombre de décès de travailleurs liés à la chaleur en France cet été. « La France est en train de devenir l’Espagne », a déclaré Farandou à la presse espagnole, en référence à la hausse des températures.

Espagne : une adaptation obligatoire déclenchée par les alertes météo

Depuis mai 2023 (RD-ley 4/2023), l’Espagne applique une règle qui se déclenche automatiquement dès que l’agence météorologique nationale AEMET émet une alerte orange ou rouge pour chaleur extrême — un seuil qui varie selon les régions, généralement autour de 37 à 40 degrés Celsius pour le niveau orange. Les employeurs doivent alors adapter les horaires de travail ou interdire temporairement certaines tâches. Depuis fin 2024, à la suite des inondations meurtrières dans la région de Valence, les salariés peuvent en outre bénéficier de jusqu’à quatre jours de « congé climatique » rémunéré lorsque le trajet vers le travail est impossible ou dangereux, ou en cas de risque grave et imminent — une disposition que le ministère espagnol du Travail considère également applicable aux fortes chaleurs, bien que cela ne soit pas inscrit dans une disposition spécifique à la chaleur. Les délégués de prévention peuvent — un pouvoir qui existe depuis 1995 mais qui couvre désormais explicitement les conditions météorologiques depuis les récentes modifications législatives — voter à la majorité l’arrêt du travail. De nombreuses entreprises espagnoles fonctionnent par ailleurs en été selon une « jornada intensiva » : début tôt le matin et fin en début d’après-midi, sans longue coupure.

France : un nouveau décret, mais pas de seuil de température

Depuis le 1er juillet 2025, la France applique son propre décret (décret n° 2025-482), qui oblige les employeurs à envisager et appliquer huit catégories de mesures dès qu’une alerte chaleur de Météo-France est déclenchée, allant de l’adaptation des horaires et de la mise à l’ombre à la mise à disposition d’au moins trois litres d’eau fraîche par salarié et par jour. Contrairement à l’Espagne, la France ne fixe toutefois aucun seuil légal de température maximale pour le travail en intérieur, ni aucun droit automatique à une réduction du temps de travail. Seuls les salariés du BTP ont accès, en cas d’alerte orange ou rouge, au dispositif existant d’indemnisation pour intempéries. Le non-respect de l’obligation de prévention peut être qualifié de faute inexcusable de l’employeur, avec une responsabilité aggravée à la clé.

Pour les professionnels HSE, cela est pertinent car la France dit privilégier le dialogue social plutôt que la loi, tout en travaillant à de nouvelles règles avant l’été 2027 — alors que la CGT réclame déjà une température maximale légale sur le modèle espagnol. Il est par ailleurs frappant de constater qu’en dépit de son cadre juridique étoffé, l’Espagne n’a officiellement recensé que 25 décès professionnels liés à la chaleur entre 2016 et 2025 — un chiffre que syndicats et experts jugent invraisemblablement bas, notamment parce que les contrôles restent insuffisants dans des secteurs comme la livraison, la logistique et l’hôtellerie-restauration : le syndicat UGT a déposé cet été une plainte contre la plateforme de livraison Glovo pour avoir exposé des coursiers à vélo à des températures atteignant 45 degrés.

Source : Prévention de la chaleur au travail : l’Espagne fait-elle de l’ombre à la France ?, actuEL-HSE, 9 septembre 2026, https://actuel-hse.fr/content/prevention-de-la-chaleur-au-travail-lespagne-fait-elle-de-lombre-la-france-1

Recherches complémentaires pour cet article : Infobae et L’Info Durable (déplacement à Madrid et propos du ministre Farandou), Légifrance (décret n° 2025-482), le BOE espagnol (RD-ley 4/2023 et RD-ley 8/2024), l’INSST et le syndicat UGT (réglementation espagnole, contrôles et plainte contre Glovo).

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