Les défaillances des batteries lithium-ion constituent l’un des risques de sécurité qui progresse le plus rapidement sur le lieu de travail, selon la revue professionnelle américaine ISHN. Le cœur du problème est l’« emballement thermique » (thermal runaway) : une réaction chimique en chaîne auto-entretenue, dans laquelle la production de chaleur interne d’une cellule de batterie dépasse la capacité de refroidissement du système. Cela peut provoquer un incendie, des explosions et un dégagement de gaz toxiques.
De la cellule au bloc-batterie : où le problème survient
Selon l’article, les risques apparaissent à plusieurs niveaux. Au niveau de la cellule, des courts-circuits internes, des séparateurs endommagés, une surcharge, le placage de lithium (dépôt de lithium métallique sur l’électrode) et la formation de dendrites jouent un rôle. Au niveau du module et du bloc-batterie s’ajoutent des risques tels que des connexions électriques desserrées, des barres omnibus (busbars) en surchauffe, des défauts à la terre et des infiltrations d’eau. Lorsqu’un emballement thermique se produit, des gaz dangereux sont libérés, notamment de l’hydrogène, du monoxyde de carbone, du fluorure d’hydrogène, du méthane et du propylène. Ces mélanges accroissent à la fois le risque d’explosion et le risque d’exposition toxique pour les travailleurs et les secouristes.
Selon ISHN, ce risque concerne des environnements de travail très variés : les systèmes de stockage d’énergie par batteries à grande échelle (BESS) chez les fournisseurs d’énergie et les acteurs commerciaux, les centres de données, les entrepôts et centres logistiques, les flottes commerciales de véhicules électriques, les usines de fabrication et de recyclage de batteries, ainsi que les installations du secteur pétrolier et gazier.
Analyse structurée des risques et normes
Pour maîtriser ces risques, l’article renvoie à deux méthodologies courantes en ingénierie de la sécurité. L’AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité, ou FMEA en anglais) est une approche ascendante (bottom-up) qui évalue les modes de défaillance selon leur gravité, leur probabilité d’occurrence et leur détectabilité, afin d’établir des priorités. L’arbre de défaillances (Fault Tree Analysis, FTA) fonctionne quant à lui de façon descendante (top-down) et permet de cartographier comment une combinaison de défaillances partielles peut conduire à un événement catastrophique. Des normes spécifiques s’appliquent en outre aux systèmes de batteries, notamment NFPA 855, UL 9540A, SAE J1739 et IEC 62619, qui fixent des exigences en matière, entre autres, de stockage, d’essais et d’évaluation des risques des systèmes de batteries.
Un déficit de connaissances chez le personnel
Un obstacle majeur, selon ISHN, est le manque de personnel formé : de nombreuses entreprises et services de secours ne disposent pas des connaissances spécifiques nécessaires pour identifier ces risques relativement nouveaux et y réagir. Cela a conduit le ministère américain de l’Énergie à développer, via un financement ciblé, des programmes de certification de sécurité spécialisée et des protocoles d’intervention pour les incidents impliquant des batteries lithium-ion.
Pour les professionnels EHS, ce constat est pertinent, car les batteries lithium-ion sont de plus en plus présentes sur le lieu de travail : dans les stations de recharge de matériel électrique, dans les entrepôts stockant des blocs-batteries, et dans les systèmes fixes de stockage d’énergie. Un stockage adapté, des procédures de charge appropriées, une ventilation suffisante et une analyse de risques rigoureuse (AMDEC/arbre de défaillances) sont essentiels pour prévenir ou détecter à temps l’emballement thermique, et pour préparer les secouristes aux dangers spécifiques des incendies de batteries, tels que la réinflammation et les fumées toxiques.
Source : Failing Lithium-Ion Batteries are Today’s Fastest-Growing Safety Challenge, 14 septembre 2026

