L’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) achèverait ses travaux sur les liens entre cancers cutanés et exposition professionnelle aux rayonnements ultraviolets (UV), avec, selon la publication professionnelle française actuEL-HSE, une publication prévue pour octobre 2026. Il s’agit d’un nouveau « tableau de maladie professionnelle » — la liste française des maladies professionnelles reconnues — un tableau dédié à cette pathologie faisant pour l’heure défaut. Un avis de l’Anses de mars 2024 avait déjà identifié explicitement deux couples exposition-cancer dépourvus de tableau propre : le cancer cutané non mélanique lié aux rayonnements UV, X ou gamma, et le mélanome lié à l’exposition solaire. L’existence de ce dossier en cours à l’Anses a été confirmée par une question écrite du sénateur Alexandre Basquin en mars 2025, à laquelle le ministère a répondu en juin 2025 en évoquant alors une échéance prévue fin 2025.
La France en retard par rapport à ses voisins
Avec cette démarche, la France comble un retard par rapport à l’Allemagne, la Suisse et la Belgique, qui reconnaissent déjà depuis plus longtemps le carcinome épidermoïde d’origine solaire comme maladie professionnelle. L’écart de recensement est considérable : le réseau de surveillance français RNV3P ne recense qu’une quatre-vingtaine de nouveaux cas par an, tandis que l’Allemagne en a enregistré à elle seule environ quatre mille dans le seul secteur du BTP en 2023. Le cancer cutané lié aux UV y est même considéré comme la maladie professionnelle la plus fréquente dans le bâtiment, avec environ six mille déclarations par an. En France, on estime à 1,5 million le nombre de travailleurs exposés aux UV dans le cadre professionnel ; à l’échelle mondiale, une estimation conjointe de l’OMS et de l’Organisation internationale du travail (OIT) de 2023 fait état de 1,6 milliard de personnes exposées et de près de dix-neuf mille décès par an dus au cancer cutané non mélanique. Un avis socio-économique français (CESE, avril 2023) désigne en particulier le bâtiment et l’agriculture comme secteurs à haut risque.
La sous-déclaration comme moteur du dossier
Cette démarche trouve son origine dans un avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) de mai 2020, qui appelait déjà à l’inscription de cette pathologie au tableau des maladies professionnelles. Depuis, l’OCC-EXPRO a également été créé : cet observatoire national des cancers cutanés professionnels, opérationnel depuis juin 2024, a explicitement pour objectif de mieux faire connaître cette pathologie et de contribuer à sa reconnaissance. Cette dynamique s’inscrit dans un constat plus large : la même question sénatoriale évoque un nombre estimé de 69 600 à 102 100 cancers professionnels par an en France, contre moins de 1 800 cas officiellement reconnus — un chiffre relatif aux cancers professionnels en général, qui illustre l’ampleur de la sous-déclaration dans ce domaine.
Pour les professionnels HSE, ce dossier est important dans la mesure où l’éventuelle création d’un nouveau tableau pourrait avoir des répercussions sur la politique de prévention, le suivi médical et l’indemnisation des travailleurs exerçant durablement en extérieur, notamment dans le bâtiment et l’agriculture.
Source : Cancers de la peau et UV : l’Anses finalise ses travaux sur un tableau de maladie professionnelle, 11 septembre 2026, https://actuel-hse.fr/content/cancers-de-la-peau-et-uv-lanses-finalise-ses-travaux-sur-un-tableau-de-maladie
Recherches complémentaires : Sénat.fr (question écrite d’Alexandre Basquin), Anses (avis 2023-SA-0061), soleil.info, preventionbtp.fr, OCC-EXPRO/syndicatdermatos.org
