Un stagiaire sur trois victime
Une enquête de l’organisation étudiante française Balance ton stage, dont le rapport a été publié le 21 septembre 2026, révèle qu’un étudiant interrogé sur trois a été confronté à des VSS (violences sexistes et sexuelles) au travail pendant un stage ou une alternance (un mode de formation combinant école et entreprise). Plus de 4 400 étudiants en France ont participé à l’étude. Le questionnaire, entièrement anonyme, s’est déroulé début 2026 et était ouvert tant aux victimes qu’aux témoins de VSS. Sur la base des résultats, l’organisation a formulé, après neuf mois de travail, 21 recommandations à l’attention des établissements d’enseignement et des organismes d’accueil.
Pourquoi les stagiaires sont particulièrement vulnérables
Des chercheurs qui se sont penchés en 2025, dans la revue Organization, spécifiquement sur les stagiaires français pointent une série de vulnérabilités qui se renforcent mutuellement. Les stagiaires sont généralement jeunes et inexpérimentés, ne disposent pas encore d’un réseau professionnel et ont des moyens limités pour résister à des comportements indésirables. Ils dépendent en même temps de leur établissement d’enseignement — pour la réussite de leur formation — et de l’organisme d’accueil. Selon ces chercheurs, cette double dépendance, combinée à une position temporaire et souvent faiblement rémunérée, limite les possibilités de signaler des comportements transgressifs. Ils parlent d’une accumulation de facteurs de vulnérabilité — l’âge, la position de dépendance et le statut d’emploi précaire — qui se renforcent les uns les autres. Les politiques existantes contre les comportements transgressifs se révèlent souvent, dans la pratique, insuffisamment adaptées à cette position temporaire et dépendante, alors même que les établissements d’enseignement et les employeurs y sont légalement tenus.
Recommandations pour les établissements et les organisations
Les 21 recommandations du rapport s’adressent tant aux établissements d’enseignement qu’aux organismes d’accueil qui reçoivent des stagiaires et des alternants. Le rapport vise à mesurer l’ampleur du phénomène, à mettre au jour les mécanismes sous-jacents et à mieux protéger les étudiants lors de leurs premières expériences professionnelles. Pour les professionnels HSE, y compris en dehors de la France, la leçon est que les politiques de prévention contre les comportements transgressifs doivent spécifiquement tenir compte des relations de travail temporaires et dépendantes, telles que celles des stagiaires et des alternants, et pas uniquement de celles du personnel permanent.
Contexte
Le fait que les stagiaires et autres travailleurs temporaires constituent un groupe vulnérable est également reconnu au niveau international. La convention n° 190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail, adoptée en 2019 et en vigueur depuis 2021, protège, outre les travailleurs quel que soit leur statut contractuel, explicitement « les personnes en formation, y compris les stagiaires et les apprentis » (article 2, paragraphe 1). La convention étend ainsi expressément la protection à des groupes situés en dehors du personnel permanent, tels que les stagiaires, les bénévoles, les demandeurs d’emploi et les candidats à un emploi.
Source : VSS au travail : stagiaires et alternantes, un public vulnérable, 28-09-2026
Sources supplémentaires consultées : Balance ton stage — rapport VSS en stage et alternance, Internships and sexual harassment: How the status of interns shapes vulnerability, ILO Convention 190 and Recommendation 206 at a glance

