Stress thermique : les syndicats UE réclament des règles
Le changement climatique rend les vagues de chaleur extrêmes de plus en plus fréquentes en Europe, et la pression sur les employeurs pour qu’ils protègent les travailleurs contre la chaleur augmente. La Confédération européenne des syndicats (CES) demande à l’Union européenne d’adopter une directive contraignante consacrée spécifiquement à la prévention des risques liés à la chaleur au travail, en l’absence actuelle de règle européenne générale fixant une température de travail maximale.
Que réclame le mouvement syndical européen ?
Dans une résolution adoptée par son Comité exécutif les 4 et 5 mars 2025, la CES appelle à une directive européenne spécifiquement consacrée à la prévention des risques de chaleur au travail. Le mouvement syndical souhaite des températures de travail maximales contraignantes, adaptées au secteur, au type de travail et au fait qu’il s’exerce en intérieur ou en extérieur. Les employeurs seraient tenus de réaliser des évaluations des risques basées sur des indicateurs tels que la température, l’humidité, l’ombre et la circulation de l’air, avec l’indice Wet Bulb Globe Temperature (WBGT) comme référence. En cas de chaleur extrême, le travail devrait pouvoir être suspendu sans que les travailleurs en subissent de préjudice ; la CES plaide aussi pour une compensation salariale pendant ces interruptions, bien que selon elle, celle-ci ne relève pas nécessairement d’une directive sur la sécurité. Le mouvement syndical demande en outre un contrôle plus strict par les inspections du travail, un champ d’application légal élargi incluant le personnel domestique, et des statistiques européennes sur les maladies et décès liés à la chaleur, actuellement largement absentes.
Quelles sont les mesures principales ?
Outre les seuils de température, la résolution mentionne des mesures concrètes que les employeurs peuvent déjà prendre : zones d’ombre, climatisation, eau potable et installations sanitaires suffisantes, pauses de rafraîchissement, horaires de travail adaptés et programmes d’acclimatation pour les nouveaux travailleurs. Elle évoque aussi la possibilité pour les travailleurs d’adapter eux-mêmes leur rythme de travail lors des journées chaudes, et souligne que les trajets domicile-travail et le télétravail en cas de chaleur extrême méritent également une attention particulière. Les équipements de protection individuelle, comme les protections solaires à indice élevé, sont considérés comme un dernier recours et non comme un substitut aux mesures organisationnelles. Le mouvement syndical demande une attention particulière pour les groupes vulnérables, notamment les travailleuses enceintes, les travailleurs âgés, les personnes souffrant de problèmes de santé, les migrants, les travailleurs saisonniers et les travailleurs sous contrats précaires. La CES plaide également pour des contrôles médicaux ciblés, une formation pour reconnaître les premiers signes de maladie liée à la chaleur, et une coopération plus étroite avec les médecins du travail et les représentants syndicaux dans le suivi des plaintes de santé.
Comment le stress thermique est-il actuellement réglementé en Europe ?
Au niveau de l’UE, il n’existe aucune température maximale fixe au-delà de laquelle le travail doit s’arrêter. La directive-cadre européenne sur la sécurité et la santé oblige néanmoins les employeurs à évaluer les risques, y compris ceux liés à la chaleur extrême, et à prendre des mesures appropriées. Les règles nationales varient fortement : certains États membres, comme la Belgique, appliquent des seuils WBGT au-delà desquels les employeurs doivent obligatoirement agir, tandis que d’autres pays ne connaissent aucune limite de température fixe. En l’absence de directive européenne, la lutte contre le stress thermique reste donc largement tributaire des législations nationales et des mesures volontaires prises par les entreprises elles-mêmes.
Contexte
L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié en juillet 2024 le rapport « Heat at work: implications for safety and health ». Il y est indiqué qu’en 2020, 71 % de la population active mondiale était exposée à une chaleur excessive au travail, soit une hausse de 8,8 % par rapport à 2000. C’est en Europe et en Asie centrale que cette exposition a le plus augmenté. Selon le rapport, 22,8 millions d’accidents du travail dans le monde ont été attribués à l’exposition à la chaleur en 2020. Ces chiffres expliquent pourquoi les syndicats et les organisations de sécurité au travail du monde entier, pas seulement en Europe, réclament une protection renforcée contre le stress thermique sur le lieu de travail.
Source : Cambiamenti climatici e rischio calore: come proteggere i lavoratori, 8 octobre 2026
Sources complémentaires consultées : Résolution de la CES sur une directive européenne relative à la prévention des risques de chaleur au travail, rapport de l’OIT sur le stress thermique au travail

